Les étapes marquantes :
De la dislocation de l’empire romain à la France.
La Gaule avait été soumise par l’armée romaine. Le latin, langue des romains, était l’organe d’une civilisation matérielle notablement supérieure à celle des vaincus, surtout dotée d’une administration beaucoup mieux organisée et commune à un vaste empire ainsi que toute une culture intellectuelle nourrie des traditions et des acquisitions de plus anciennes civilisations incorporées et digérées avec toute une littérature écrite tandis que celle des gaulois était restée orale.
En Europe occidentale, le latin a été en outre le véhicule du jeune christianisme. Il s’est répandu d’abord dans les villes de Gaule, puis dans les campagnes et en cinq cents ans environ, il s’est substitué aux anciens parlers. Les romains organisent les villes selon le modèle de Rome. C’est le creuset de la romanisation des peuples de Gaule.
Pendant une autre période de trois cent ans environ, l’empire romain se disloquant, la Gaule a été traversée et en partie recouverte par les invasions de peuples moins civilisés (sans écriture) ; le latin en a été profondément altéré dans les différentes régions ; les parlers sont devenus divers et ont divergé du latin écrit ; mais ils ont triomphés à la longue des langages des envahisseurs, francs et autres, qui ont appris peu à peu le gallo-romain.

- L’Université au Moyen-Âge
- La logique - la Réthorique.
Manuscrit francien 574
Cependant, le latin (avec peu d’altération) continuait à être écrit par la petite caste des gens instruits, presque tous membres du clergé chrétien. C’est au moment où a commencé à s’organiser un gouvernement, une royauté propre à l’ancienne Gaule désormais devenue France, que pour la première fois on y a écrit, au lieu du latin, un texte dans un des parlers populaires issus du latin ; celui-ci était précisément le parler de l’entourage du roi, résidant dans la région parisienne.
Pour en savoir plus sur l’histoire de l’avènement du français en France les premiers mille ans de notre ère, lisez donc l’article : "Histoire d’une langue".

- La France au Xème siècle.
L’An Mil.
Petit rappel historique : la France est à ce moment gouvernée par Robert le Pieux (aussi dénommé Robert II, roi des Francs de 996 à 1031). Il est le successeur d’Hugues Capet. A ce moment, la France qui compte environ 8 millions d’habitants connaît des opérations Vikings sur les côtes entre la Loire et la Gironde. L’An Mil connaît à ce moment "La grande peur" soit, la crainte de l’avènement de la fin du monde.
À partir de l’an Mil environ et pendant une nouvelle période de cinq cent ans à peu près, le français de la région parisienne le "francien" a commencé à se répandre en dehors de l’Île-de-France [1] comme langue d’administration, de relations commerciales, de culture, en s’écrivant de plus en plus. Dès le départ, il était plus ou moins unifié dans l’usage des membres des classes dirigeantes, nobles, bourgeois riches à partir d’un certain moment et de leur entourage "d’inférieurs", ainsi que chez les éléments ambulants, tandis que des langages purement locaux étaient l’expression habituelle des villages et sans doute de certains quartiers industrieux des villes.

- Ecu de l’Île-de-France
C’est donc une langue relativement cultivée qui dans certaines provinces a pénétré d’abord dans les villes, les marchés et les châteaux. La forme voisine normande s’est répandue partiellement en Angleterre dans la couche dirigeante.
L’ensemble français a rayonné ailleurs encore avec les littératures françaises, de formes dialectales légèrement différentes. D’abord concurrencé par l’usage des poètes, premiers littérateurs en français, par les parlers frères, organes des centres provinciaux, le français "francien" les a petit à petit dominés, pénétrés, puis éliminés, comme la royauté elle-même a peu à peu soumis les grands féodaux.
Mais au cours de ces siècles, le français évoluais à mesure que la France prenait peu à peu la forme de son organisation administrative actuelle.
Le système de l’ancien français s’était formé peu à peu, très différent du latin ; l’évolution continuant, ce système allait progressivement vers celui du français moderne. Cependant, le latin, retrempé dans une meilleure connaissance des règles anciennes, restait la langue écrite de la justice, la seule langue de l’enseignement et de la religion, des occupations sérieuses de la caste intellectuelle.
L’époque de la Renaissance.
Vers l’époque de la renaissance, la royauté établissant de mieux en mieux une administration centralisée, avec des fonctionnaires plutôt bourgeois que nobles, a répandu la langue et en a fait la langue judiciaire. Toutes les grandes villes, même du Midi, certains éléments des campagnes, ont eu le français comme langue.
Les réformateurs ont pris le français comme langue de religion. Le rôle du latin a été restreint de manière considérable et définitive.

- Les trois livres de Tules
- 1547
Mais la langue française , héritière du latin pour presque tous ses usages, a emprunté sous la plume et dans la bouche des gens nourris de latin, un nombre considérable de mots latins à peine modifié [2], en même temps qu’à côté de la tradition chrétienne un progrès et un tournant dans les études ressuscitaient les traditions intellectuelles de la civilisation gréco-latine (avec l’étude du grec). Véritable transfert d’une ancienne haute civilisation à une nouvelle civilisation en ascension.

- François 1er roi de France
(1515-1547) - "Le père restaurateur des lettres".
Sous la Monarchie Autoritaire.
Pendant deux siècles ensuite (XIIème et XIIIème) dans le cadre de la monarchie autoritaire, c’est la lente montée de la bourgeoisie au dépends de la noblesse terrienne, la lente formation du capitalisme successeur du système féodal. Dans le même temps, affermissement des diverses nationalités d’Europe, chacune avec sa langue.

- Chevalier aux couleurs du Lys
- Montjoie, Roy de Franse
Le français s’est alors assis, intérieurement poli et clarifié ; il a eu une littérature extrêmement brillante, dans une langue écrite qui était en même temps à peu près la langue parlée des gens instruits et de bonne compagnie.
Cette langue était dès lors ce que nous appelons le français moderne, formé par évolution lente de l’ancien français ; et nous l’appelons moderne parce que c’est encore le nôtre : il s’est stabilisé par l’enseignement, par l’imitation ultérieure des grands classiques du XVIIème siècle. L’évolution n’était pas arrêtée, mais freinée et comme contrôlée, notamment par la rédaction des grammaires et dictionnaires inexistants auparavant, et l’étude des auteurs français postérieurs au XVIème siècle.
Cette langue française se répandait, certes, de plus en plus en France : elle était celle de la capitale Paris, de plus en plus peuplée et importante, et de la majorité des habitants des grandes villes ; elle devait être généralement comprise même des petites gens de la région centrale du nord de la Loire. Mais ce français était mal parlé dans les provinces par les gens de peu d’instruction ; non pratiqué, même non compris dans la majeure partie des campagnes. En somme, seules les couches supérieures de la population en avaient pleine possession.

- Traité du commun usage du français
- Paris 1545
Les éléments cultivés de celle-ci continuaient à recevoir une forte instruction en latin, auquel la grec était souvent joint : les modèles grecs et latins avaient une forte influence sur la littérature française.
Avec la Révolution Française.
Nouvelle étape, avec la révolution française et ses premières suites, jusqu’au milieu du XIXème siècle. Installation de la bourgeoisie au pouvoir, premiers développements de l’industrie avec des machines. Premiers éveils du peuple, développement de son instruction.
La révolution va considérer le français comme le ciment de l’unité nationale : le plan Talleyrand prévoit de n’enseigner que le français afin de chasser cette "Foule de dialectes corrompus, derniers vestiges de la féodalité".
Au point de vue de la langue, le grand effet de la révolution française et des guerres de l’empire a été de répandre très largement le français chez les petites gens de France et jusqu’au fond des campagnes, au moins sous sa forme parlée, car beaucoup de gens ont continué à ne pas savoir lire.

- Le Larousse
- 1842
La France a été de plus en plus centralisée, pour la langue comme pour le reste. La grammaire a été de plus en plus codifiée, l’orthographe correcte a été imposée à tout le monde, des plus grands personnages aux plus petits employés. Pour la grammaire, pas d’inconvénients sérieux puisqu’en fait la langue évoluait très peu dans son fonctionnement. Mais il y aurait eu un danger de divorce entre le vocabulaire admis dans les écrits et le vocabulaire employé par tout le monde, si la littérature avait dû se fixer dans l’imitation des auteurs classiques.
Le mouvement romantique y a paré : les écrivains de cette période ont ajouté à la connaissance des langues anciennes et à l’étude des classiques français [3] , plus ou moins influencés par les littératures de l’antiquité, la communication avec les littératures étrangères et aussi avec le français antérieur au XIIème siècle. Ils ont ouvert une ère proprement moderne ; dans leur style, ils ont rompu la barrière entre les mots "nobles" et "non-nobles", ils ont assuré la liberté du vocabulaire français.
Vers le milieu du XIXème siècle.
Vers le milieu du 19ème siècle, nouveaux changements profonds, début d’une période que nous vivons encore. Accélération brusque dans le développement des techniques nées de la science moderne : chemins de fer, bateaux à vapeur, photographie, télégraphe, bicyclette, automobile, avion, phonographe, cinéma, radio. Concentration industrielle, heurt des impérialismes, impuissance de la bourgeoisie à gouverner les forces qu’elle a créées, à maintenir dans la servitude le peuple qu’elle a dû instruire pour les besoins des industries mécanisées. Dans cette agitation, commençant son ascension, qui prenant conscience de sa force, de ses droits, de ses possibilités d’organisation du monde, et arrache peu à peu à la bourgeoisie des concessions, diverses libertés qui permettent d’autres marches en avant. Au milieu du siècle, l’instruction, enfin, a été généralisée.
C’est ainsi que les dialectes locaux cèdent progressivement la place à un enseignement du français : il est cité dans la loi Guizot [4] de 1833 : "L’instruction primaire comprend nécessairement […] les éléments de la langue française."

- François P. G. Guizot
- Ministre de l’Instruction publique (1832-1836)
Puis, Jules Ferry (Ministre de l’Instruction publique de 1879 à 1883) qui produisit également la Loi Ferry de 1833 et Jules Simon introduisent dans l’enseignement vers 1880 la notion de rédaction et composition, puis l’étude de la littérature afin d’évoquer la dimension culturelle de la langue française.

- Jules Ferry
- (1832-1893)
En conséquence, tous les français ont eu accès à la compréhension, à l’étude, au maniement de la langue normalisée, de la langue écrite. Par un mouvement inverse, les écrivains, en général, évitant de se borner aux ressources d’expression de la langue classique des siècles passés, ont prolongé et élargi la révolution faite par les romantiques (Lamartine, Musset, Vigny, Hugo, Nerval, Baudelaire, Verlaine, etc.) ; ils ont rapproché la langue littéraire de la langue de la conversation contemporaine : le français écrit est resté vivant.
Ainsi, en même temps que la masse des français était admise à prendre possession de la langue française cultivée, la conquête de la France par les français a été virtuellement terminée : les patois campagnards continuent à vivre en grande partie, mais tous les patoisants apprennent à lire et à écrire en français.
De son côté, le latin est de moins en moins pratiqué même par la bourgeoisie : il devient une matière d’enseignement parmi les autres et dont beaucoup de gens cultivés se passent très bien.
A notre époque.
À notre époque, les luttes d’influence ne sont plus entre langue moderne et langues anciennes, mais entre les différentes grandes langues modernes de civilisation, parmi lesquelles le français n’est qu’une unité, mais qui sont liées par des histoires qui se ressemblent en gros, par la communauté d’une grande masse de vocabulaire savant d’origine gréco-latine ; aussi bien, c’est l’ensemble de la civilisation européenne avec ses projections dans le reste du monde qui continue à sa manière les anciennes civilisations des pourtours de la Méditerranée.
Et maintenant, cette langue française cultivée, qui a commencé son développement à partir de la région parisienne et continue à y avoir son grand centre avec l’immense développement de la capitale, mais qui n’a jamais été seulement un patois parisien, qui a été façonnée, polie, codifiée, puis assouplie par ceux auxquels les prérogatives de la naissance et de la richesse donnaient la possibilité de s’instruire en corps, elle est devenue le bien de tout le monde ; tout le monde en France, à Paris comme ailleurs, accède à ses richesses, à ses raffinements, subit ses complications ou ses manques.

- Classe au XXème siècle
- Reconstitution
Le peuple, dans son mouvement d’ascension, n’apporte pas un autre langage à lui substituer. Il se sert du français cultivé comme d’un instrument de la vie nouvelle qu’il travaille à organiser. Les destinées ultérieures de la langue française seront liées à celles de population laborieuse du pays, dans le monde nouveau des machines et de l’instruction pour tous.
Jusqu’aujourd’hui…
Evolution et déclin au XXIème siècle ?
On peut affirmer que la fin du 20ème siècle a sonné du tocsin le déclin du français en France et pour l’ensemble des locuteurs francophones de par le monde. De plus en plus, la terminologie anglo-américaine envahi notre dictionnaire journalier. Qu’il s’agisse du milieu estudiantin où les documents de référence sont dans une large mesure en anglais ou américain ; qu’il s’agisse du domaine des sciences, de la recherche, de l’informatique, de l’économie, de géopolitique… une connaissance élémentaire, voire suffisante de l’anglais comme deuxième langue est requise, voire nécessaire.
Déjà, dès les années cinquante, nombreux sont les articles commerciaux et ménagers aux noms anglo-américains qui sont intégrés dans notre langage courant tels que : mixer, spinnaker (la voile), primer (la couleur), etc. Aujourd’hui, viennent s’ajouter par exemple : pacemaker computer, packaging, marketing, tchatcher, dealer, …
Un autre phénomène remarquable est en émergence : la phonétique et l’abréviation outrancière "très tendance !" des termes, des phrases et des mots qui se traduisent sur tous les plans ; qu’il s’agisse de publicité, d’articles de presse, de communications (courrier informatique – les e-mails ou courriels, courriers des téléphones portables – GSM - les textos ou sms, etc.) et puis aussi et peut-être surtout : dans le langage courant ; on écrit K7 pour cassette, CD, DVD, Dsk pour disque, BBQ pour barbecue (qui est d’ailleurs un terme anglo-américain, tiré lui-même de l’hispano-américain barbacoa), etc. On dit "en live" pour en direct ; on dit "prime" pour premier, principal, préparation, de toute première importance, etc. "Panta" pour pantalon, on écrit ognon pour oignon, etc. Même les grands journaux ne sont pas épargnés : fautes de syntaxe et d’orthographe sont légions… car on se fie de plus en plus à des correcteurs grammaticaux informatiques d’ailleurs très imparfaits. Vaugelas et Grevisse doivent se retourner dans leur tombe !
A quoi sommes-nous en train d’assister ? Quelles sont les tendances qui se dégagent sur le court et moyen terme ? Existe-t-il des moyens de remédier à l’état de fait actuel ?
Le moins que l’on puisse dire est que les "cocoricos" ne sont pas de mise à l’aube de ce troisième millénaire !
Le français comme langue internationale est bel et bien menacé sous l’effet de la poussée de l’anglo-américain lié à la mondialisation et au développement des nouvelles technologies. Ce phénomène touche tous les locuteurs de la langue française non seulement pour les classes dites moyennes, mais aussi dirigeantes, ouvrières et rurales.
Le français du XXIème siècle est véritablement sur la défensive depuis une soixantaine d’années alors qu’il a mit plus de 1000 ans de son histoire pour se développer. Il y a de quoi être médusé devant l’avance de la modernité anglo-saxonne. [5]
Beaucoup de pays semblent en effet voués à l’influence hégémonique d’Outre-Atlantique sur le plan linguistique. Personne n’échappe au mouvement de globalisation et l’on constate souvent un manque de conscience vis-à-vis des enjeux liés à la culture. Loin d’être le fruit du hasard, le rôle détenu par l’anglais est le résultat d’une politique hégémonique voulue, pensée, planifiée et exécutée par les anglo-saxons. Il y a association pavlovienne [6], implicite ou subliminale entre l’innovation, le modernisme, la jeunesse, le sport et l’anglo-américain, présenté comme une amélioration de l’efficacité de la communication.
L’enseignement des langues vivantes étrangères se trouve souvent limité à des objectifs essentiellement utilitaires et des décisions linguistiques sont souvent prises pour des seuls motifs commerciaux ou d’accès au monde du travail . Dans ce contexte, l’anglo-américain exerce une véritable fascination et soumet bien des pays à l’hégémonie d’une culture déterminée par les lois de l’économie de marché.
Nous l’avons compris, c’est indéniable, aujourd’hui, l’anglais, mieux que le français, ouvre les porte de l’emploi. (Après l’anglais, le japonais, le russe, et l’allemand répondent en Chine et dans les pays de l’Est à des besoins mercantiles immédiats. Il en va de même en Macédoine où, au-delà de l’anglais, l’on apprend l’allemand et l’italien ou l’espagnol, langues des principaux investissements dans le pays, davantage prometteuses d’emploi), etc.
Le déclin du français semble programmé devant les tendances actuelles au monolinguisme planétaire. Ne sommes-nous pas ramené, linguistiquement parlant, aux temps babéliens ? Le français pourra-t-il se maintenir en tant que deuxième langue de communication internationale ? Rien n’est moins sûr !
Puisse notre politique de l’enseignement, conseillée par l’Académie française, appuyée par la Sorbonne, fasse en sorte que l’instrument de la langue française, se corrige et continue à évoluer d’une part, et demeure de l’autre, un vecteur de communication orale et écrite unanimement reconnue et stimulée par nos écrivains, poètes, philosophes ainsi que par tous les moyens d’information populaire.

- François Marie Arouet
- Dit Voltaire, 1694-1778, Paris
Voltaire a dit un jour : "L’écriture est la peinture de la voix" actuellement, c’est malheureusement bien le cas !
Notes
[1] Cette dénomination est historique : anciennement, c’est une région de France dont la ville centrale était Paris (ancienne Lutèce, principale agglomération des parisii), centre du domaine royal capétien avec comme épicentre l’Île de la Cité, elle fut constituée en gouvernement au XVIème siècle.
Actuellement, c’est une région administrative de France ayant comme chef-lieu Paris et comportant 8 départements : l’Essonne (Evry), Hauts-de-Seine (Nanterre), Paris, Seine-et-Marne (Melun), Seine-Saint-Denis (Bobigny), Val-de-Marne (Créteil), Val-d’Oise (Pontoise) et Yvelines (Versailles).
Retour au texte
[2] Il en est de même pour l’anglais et du flamand vis-à-vis du vieux français.
Retour au texte
[3] Dont entre autres : Lamartine, Montaigne, Rabelais, Ronsard, Du Bellay, Boileau, Bossuet, Corneille, Descartes, La Rochefoucauld, Molière, Pascal, Racine, Beaumarchais, Montesquieu.
Retour au texte
[4] En France, la loi du 28 juin 1833, dite loi Guizot, porte sur l’instruction primaire. Cette loi proposée par François Guizot, ministre de l’Instruction publique dans le premier gouvernement Soult, et qu’il contribua activement à mettre en place, précède celles de Jules Ferry. C’est l’un des textes majeurs de la monarchie de Juillet. Il répond à l’article 69 de la Charte de 1830, qui avait prévu qu’une loi porterait sur « l’instruction publique et la liberté de l’enseignement ». Reposant sur l’idée que l’instruction contribue au progrès général de la société, la loi Guizot organise l’enseignement primaire au profit des classes populaires autour de deux principes : la liberté de l’enseignement primaire : Tout individu âgé de dix-huit ans peut exercer librement la profession d’instituteur primaire, à condition d’obtenir un brevet de capacité, délivré à l’issue d’un examen, et de présenter un certificat de moralité. l’organisation d’un enseignement primaire public, intégré au sein de l’Université : Chaque département doit entretenir une école normale d’instituteurs pour la formation des maîtres et chaque commune de plus de cinq cents habitants est tenue d’entretenir une école primaire et un instituteur. La commune peut satisfaire à ses obligations en subventionnant une école primaire confessionnelle établie sur son territoire. Qu’elle soit privée ou publique, l’instruction primaire élémentaire comprend nécessairement « l’instruction morale et religieuse, la lecture, l’écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures » (article 1er).
La loi crée un corps d’inspecteurs chargé de veiller à sa bonne application. Le débat parlementaire est difficile. Le texte est attaqué par les catholiques, hostiles à l’existence de l’enseignement public, et par la gauche voltairienne et anticléricale, qui combat la liberté de l’enseignement confessionnel. Guizot s’est personnellement engagé pour que l’instruction primaire comprenne l’éducation morale et religieuse. Mais il doit renoncer à étendre le bénéfice de sa loi à l’enseignement primaire féminin, qui continue d’échapper à toute réglementation et se trouve ainsi abandonné de fait aux congrégations religieuses. Mais ceci n’a pas d’enjeu aux yeux de la gauche puisque les femmes ne votent pas.
Après la promulgation de la loi, Guizot adresse à tous les instituteurs de France une circulaire datée du 18 juillet 1833, dans laquelle il énonce leurs responsabilités et leurs devoirs : « L’universalité de l’instruction primaire, conclut-il, est [aux] yeux [du gouvernement] l’une des plus grandes, des plus pressantes conséquences de notre Charte ; il lui tarde de la réaliser. Sur cette question, comme sur tout autre, la France trouvera toujours d’accord l’esprit de la Charte et la volonté du roi. »
La mise en œuvre de la loi Guizot contribuera à développer grandement l’alphabétisation de la France : en 1848, les deux tiers des conscrits savent lire, écrire et compter.
Retour au texte
[5] Historiquement, le nom Anglo-Saxon désigne un peuple germanique du nord de l’Europe, issu des tribus germano-scandinaves (Angles, Jutes et Saxons) ayant envahi l’actuelle île de la Grande-Bretagne à partir du Vème siècle ; il désigne aussi la langue anglo-saxonne aussi appelée vieil anglais, qui correspond à la langue parlée par la tribu germanique avant la conquête normande de 1066.
Dans un contexte moderne, le terme Anglo-saxon désigne aussi :
Les Anglais, et de manière plus large les locuteurs anglais ayant des origines anglaises.
Le monde anglo-saxon, l’ensemble des personnes et pays ayant une relation historique avec l’ancien Empire colonial britannique et la culture anglophone, et de souche britannique, on y retrouve notamment les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L’Afrique du Sud est parfois considérée comme appartenant à cet espace, bien que l’on utilise surtout le terme pour des pays à population en majorité blanche, même si la population est minoritairement de descendance anglo-saxonne.
Retour au texte
[6] L’adjectif pavlovien, outre sa signification propre à la psychologie comportementale, est étroitement lié à sa théorie du conditionnement et à sa typologie comportementale.
Retour au texte
